Faïence de Quimper ancienne : dater une pièce d’après son décor

La faïence de Quimper ancienne se date d’abord par son décor, qui a changé à chaque grande période : des motifs empruntés à d’autres centres faïenciers au XVIIIe siècle, des personnages en costume breton dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis de nouveaux styles dans l’entre-deux-guerres. La manière dont ce décor est peint compte ensuite, la marque au revers venant en complément.

Faïence de Quimper du XVIIIe siècle : des décors venus de Rouen et de Nevers

La production quimpéroise démarre en 1708 à Locmaria, près du centre de Quimper, quand Pierre Bousquet y bâtit un four et crée la première faïencerie de la ville. L’argile, l’eau, le bois et les cours d’eau pour les transports se trouvent sur place.

Au XVIIIe siècle, les ateliers travaillent dans les genres de Rouen, avec un décor reporté « au poncif », et de Nevers, avec un décor « à la touche ». Une pièce à décor non breton est donc souvent la plus ancienne, et aussi la plus rare sur le marché.

Ces décors se reconnaissent à leur répertoire : motifs végétaux et ornements, sans personnage breton. Si une pièce a ce style, le prix et l’authenticité méritent une vérification plus poussée, car les pièces de cette période sont peu nombreuses.

Décor breton du XIXe siècle : personnages en costume et bordures

Le motif qui fait aujourd’hui l’identité de la faïence de Quimper, le petit Breton, s’impose dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les sources divergent sur la date exacte de sa création, entre 1860 et 1875 environ.

Sur les assiettes, les plats et les cruches, il se reconnaît à ses personnages en costume breton, entourés de motifs floraux en bordure. Un décor de ce type, au trait posé avec soin, place la pièce dans cette période ou après.

Certains motifs reposent sur des poncifs, des dessins reportés sur la pièce avant la peinture. Les poncifs de la faïencerie Caussy, par exemple, ont été réemployés vers 1860-1870, ce qui explique que des décors proches se retrouvent sur des pièces d’époques voisines.

Assiette en faïence à décor de personnages bretons et de bordure fleurie

Entre-deux-guerres : le style Art déco dans la faïence de Quimper

Dans les années 1920, certaines manufactures lancent des pièces aux formes et décors Art déco, plus géométriques et plus sobres que le décor breton traditionnel. Après la Première Guerre mondiale apparaît aussi un décor en relief, déposé à la poire avec une pâte semi-liquide et inspiré des costumes bigoudens.

Ces deux familles se repèrent à l’œil et à la main : lignes nettes pour l’une, motifs que l’on sent sous les doigts pour l’autre. Elles datent la pièce de l’entre-deux-guerres.

Un décor en relief ou Art déco ne dit rien de la qualité de la pièce par lui-même : il situe seulement une époque. Il reste à regarder le travail de peinture et l’état de l’émail pour savoir si la pièce a bien l’âge annoncé.

Peint à la main ou récent : lire le décor d’une assiette ancienne

Les pièces de Quimper sont décorées et peintes à la main, sur émail cru, puis cuites à grand feu. Le trait garde donc de petites variations : épaisseur des touches, rondeur d’une fleur, symétrie approximative d’une bordure.

Sur un décor breton du XIXe siècle, un motif parfaitement identique d’une assiette à l’autre, au trait mécanique, appelle de la méfiance. Il faut aussi observer le dessous et les bords : une usure régulière, due à l’usage, est normale sur une pièce ancienne.

La lecture des marques au revers est un sujet à part, traité dans l’article pour vérifier une pièce d’occasion avant l’achat.

Les deux méthodes du XVIIIe siècle, au poncif de Rouen et à la touche de Nevers, laissent aussi des indices : un dessin reporté se répète à l’identique, un décor à la touche varie d’un exemplaire à l’autre.

Soupières, vases et mugs : ce que la forme dit de l’époque

Les formes anciennes sont celles de la table d’usage courant : assiettes, plats, cruches et soupières. Elles suivent les besoins d’un repas traditionnel.

Le mug, lui, est une forme de vaisselle d’aujourd’hui. Un mug au décor traditionnel relève généralement d’une production récente, alors que les vases et les soupières se rencontrent à plusieurs époques et se datent par leur décor.

Exposer une faïence ancienne chez soi sans l’abîmer

La faïence est une terre cuite recouverte d’un émail. Cette double structure en fait un matériau fragile : elle reste poreuse, plus tendre que le grès ou la porcelaine. Le lavage se fait à la main, à l’eau tiède, jamais au lave-vaisselle.

Pour présenter des assiettes, des étagères en chêne offrent un appui stable, avec une cale discrète pour que la pièce ne glisse pas. Placez-les à l’écart d’un passage où elles pourraient être heurtées.

Assiettes anciennes en faïence présentées sur une étagère en bois

Un buffet ou un vaisselier s’accorde bien avec ce décor, comme le montre l’article sur le bois dans la décoration intérieure. Sur un meuble de ce type, la pièce se retire et se remet en place sans effort, ce qui limite les manipulations risquées.

Une pièce ancienne se manipule à deux mains, en la tenant par le corps et non par l’anse ou le rebord, qui sont les parties les plus fragiles.

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